Il faut habiter Avignon pour être témoin de son cycle de vie.
L'automne et surtout l'hiver, la Cité des Papes rentre en hibernation. Les autochtones se retrouvent entre eux. Les Halles sont peuplées d'habitués qui viennent tous les jours, qui pour acheter ses légumes ou son poisson, qui pour boire son petit verre de blanc. Les rues sont clairsemées, et les touristes se font plus rares. Pas de groupes, oreillettes dans les oreilles, suivant tant bien que mal le panneau d'un guide qui leur fait traverser la ville au pas de course.
Dès le mois d'avril, la ville s'ouvre de nouveau au monde extérieur. Les rues s'animent. Les terrasses des bars et restaurants se peuplent de visages inconnus. Les valises à roulettes commencent à troubler la quiétude d'immeubles dont les appartements en Airbnb se dévoilent au grand jour.
Mais c'est au mois de juin que tout s'accélère. Les queues commencent à s'allonger aux Halles, surtout devant les boutiques de produits locaux. Les commerces saisonniers et autres glaciers lèvent leur rideau métallique. On commence à préparer les théâtres, en témoigne le ballet des camionnettes transportant sonorisations, gradins et guitounes.
Il approche. Le festival approche. Et la ville bruisse de cette arrivée imminente.
Et il y a un jour où Avignon cesse d'être une ville comme les autres. Mais ce n'est pas le premier jour du festival, c'est la veille. Des centaines d'artistes en costume de scène sortent des théâtres et descendent dans la rue, tous ensemble, pour la Grande Parade du OFF.
En quelques heures, la cité bascule : les terrasses se figent, les passants s'arrêtent, et la ville entière passe officiellement en mode Festival.
La parade est une invention assez récente, née en 2008 à l'initiative d'AF&C, l'association qui fait tourner le OFF.
Toutes les compagnies défilent ensemble, dans un joyeux tohu-bohu. Des chevaliers, des clowns, des reines et des monstres descendent côte à côte la rue de la République. On distribue des tracts, on chante, on interprète des saynètes. C'est beau, c'est bruyant, et c'est exactement ce qu'on aime.
Cette année, la parade a un parfum particulier : le OFF fête ses soixante ans. Pour souffler ces bougies, la fanfare MUDANZA ouvre la marche et pose son groove sur tout le parcours.
Rendez-vous ce vendredi 3 juillet, à 18h30.
Alors si vous êtes à Avignon, ne restez pas attablés. Suivez la fanfare, laissez-vous bousculer par les costumes, prenez les tracts qu'on vous tend, et regardez la ville basculer. C'est gratuit, c'est coloré, c'est vivant, et c'est peut-être le plus beau spectacle du festival : celui où, l'espace d'une soirée, tous les acteurs de ce joyeux charivari jouent en même temps.
