Mon aînée avait trois ans pour son premier Avignon.
Je pense que ma cadette tenait à peine debout lorsqu'on l'a prise sur nos genoux et amenée à son premier spectacle.
Des souvenirs à la pelle, de Pakita la fée rousse à Lunettes, en passant par Touwongka.
Leurs yeux tantôt émerveillés quand le rideau s'ouvrait, tantôt interrogateurs quand un mystère se tramait, tantôt effrayés aussi quand le spectacle faisait surgir un monstre du fond de la scène.
Des tempéraments très différents aussi, l'une d'elles toujours prête à lever la main quand il s'agit de monter sur scène, l'autre restant scotchée dans nos bras.

Depuis, on y est retournés chaque été. Le festival a traversé toute leur enfance comme un fil conducteur, aussi sûr que revient le printemps après chaque hiver.
Elles sont grandes maintenant, mais quand je retourne voir une pièce avec elles, c'est souvent là que je les revois : sur une banquette de bois au Collège Pasteur, ou sur un strapontin rouge du Palace.

Le théâtre devrait être obligatoire, ou à défaut accessible, à tous les enfants.
Devant un écran, un enfant reçoit.
Sur un gradin, il participe. Il rit avec la salle, retient son souffle avec elle. Il regarde un visage réel pleurer ou s'esclaffer, là, à deux mètres de lui.
Au théâtre, il faut suivre, comprendre, ressentir, et ça, aucune tablette, aucune télé, aucune console ne saura jamais l'apprendre.
Le Spectacle Vivant ne porte jamais aussi bien son nom que quand il est joué devant des enfants.

Le OFF, justement, est taillé pour ça. On croit souvent qu'Avignon, c'est trop grand, trop tumultueux, trop sérieux pour des petits. C'est faux. Il existe une vraie programmation jeune public, souvent le matin ou en début d'après-midi, à hauteur d'enfant. Des spectacles dès un an, dès trois ans, où l'on travaille les sons, les images et la lumière plus que les mots, une sorte de poésie sans phrases que les tout-petits comprennent mieux que nous. Il suffit de pousser la porte d'un théâtre, parfois loin du centre, pour tomber sur des troupes qui ont fait de l'enfance spectatrice le cœur de leur métier.
Et le OFF suit tous les âges, il grandit avec votre enfant. Du spectacle pour enfant, il passe au spectacle pour adolescent, puis pour jeune adulte.
Et puis un matin, votre enfant vous demandera d'aller voir Antigone.

Alors si vous venez à Avignon cet été avec vos enfants, n'hésitez pas.
N'attendez pas qu'ils soient « assez grands ».
Asseyez-les sur un gradin, laissez s'éteindre la lumière, résonner les trois coups, et tournez la tête pour voir leurs yeux s'illuminer quand le rideau s'ouvre.
Des années plus tard, c'est vous qui vous en souviendrez.

Le théâtre jeune public mérite qu'on en parle de l'intérieur.
On y reviendra bientôt, avec une artiste qui en a fait toute sa vie et qui nous a gentiment accordé une interview.