Un vendredi soir comme les autres.
La Fabrik, petit théâtre qui ressemble plus à un tiers-lieu, niché près d'une voie ferrée qui oblige les acteurs à porter leur voix plus que de coutume, quand le bruit d'un train qui passe par là s'invite dans leur pièce.
Un vendredi soir comme les autres pour beaucoup, mais pas pour moi. Car ce soir, l'acteur, c'est moi.
Après 25 ans à m'asseoir sur les gradins du OFF, pour la première fois, je suis de l'autre côté.
Derrière ce grand rideau rouge qui nous sépare de nos amis, de notre famille, venus assister à notre grande première.
Le brouhaha des gens qui s'installent sur leurs petits sièges rouges, je l'entends désormais depuis les coulisses. Et ça change tout. Connaître enfin les deux côtés d'une même pièce, c'est un sentiment incroyable d'accomplissement.
Les voix se taisent. Yves, notre prof depuis ce soir d'automne où je me suis dit « et si je me lançais ? », prend la parole. Il introduit notre travail. Une pièce improbable écrite collaborativement par notre troupe. Une histoire de mur qui apparaît et enferme progressivement, nuit après nuit, un village.
Mon rôle, tout aussi improbable pour une première expérience. Celui d'un vieil alcoolique écorché vif par une histoire d'amour qu'on lui a volée. Un rôle que j'ai détesté de prime abord puis appris à aimer.
La voix d'Yves qui se tait. Montent alors les applaudissements, pour nous encourager.
Le rideau va s'ouvrir.
La respiration devient courte.
Trop tard pour faire demi-tour, on est tout en haut du grand-huit. Devant nous le vide.
Un dernier regard à mes compagnons.
Le rideau se lève.
Tant qu'à y aller, autant y aller à fond.
Tant qu'à frissonner, autant frissonner de plaisir.
